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Nihal
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Nihal
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Mer 28 Fév - 16:44
Coucou je re-poste cette fiction ^^
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Je ne danse plus, je vole. Mes pieds retombent souplement sur le sol, ne provoquant aucun bruit. Je peux le faire. Je sais le faire. Je dois le faire. Je décolle du sol et effectue un magnifique grand jeté. Ai-je atteins le grand écart dans ce saut ? Je n'ose pas me regarder dans le miroir pour vérifier si mes jambes étaient assez écartées. Je continue ma danse et monte sur les pointes. Je me sens libre et légère comme un cygne. Vas-y. Laisse-toi emporter par la musique. Je suis dans mon élément. Je suis dans la danse. Et un jeté entrelacé. Et une glissade, suivie de près par un relevé et des petits menés. Laisse tes jambes un peu fléchies. Voilà. Ne te regarde pas dans le miroir, tu peux très bien sentir ton corps sans avoir à regarder ton reflet. N'oublie pas ton bras gauche, lève-le ! Voilà, c'est bon. Les dernières notes arrivent, plus que quelques secondes. Contrôle ta descente. Pose doucement ton front sur ton genoux tendu. Attention, ton dos doit être plat ! La musique est finie. Ne pas relâcher la position.
— Très bien, Taïana ! Tu peux respirer.
Je me redresse et me remets debout, attendant les critiques de Miss Daisy.
— Tu sais retenir toutes mes remarques précédentes, c'est une très bonne qualité, tu sais. Tu pourrais aller très loin comme ça. Par contre, depuis combien de temps portes-tu les mêmes pointes ?
— Heu... Depuis le mois de Septembre.
— Tu devrais les changer. Elles ne sont plus en bon état, ça peut devenir dangereux.
Je soupire. C'est si cher, les pointes... Je paye déjà mes cours particuliers avec Miss Daisy grâce à l'argent de poche que je reçois chaque semaines. Mes parents n'accepteraient jamais de donner de l'argent pour m'acheter mes collants, mes justaucorps, et encore moins mes pointes.
— Je peux t'en trouver à moitié prix, peut-être, me souffle Miss Daisy comme si elle avait lu dans les pensées.
— Oh, merci beaucoup, Miss Daisy ! m'exclamai-je. Vous n'imaginez pas comme ça me rend service !
— Oh si, je sais. Tu n'es pas ma première élève a avoir des difficultés à payer.
Mes parents n'ont jamais eu aucun problèmes d'argent. Mais quand il s'agit de la danse, ils me refusent tout. D'après eux, la danse ne fait que pourrir la vie des jeunes filles. Ils veulent que je devienne avocate. Ils surveillent toutes mes notes scolaires. Si je fait un seul faux pas, je... Je préfère ne même pas imaginer ce sue je risque. Je réussis à payer loi-même les cours particuliers et parfois je m'offre un justaucorps. Pourquoi des cours particuliers ? Je ne suis pas prête, tout simplement. Pas prête à subir le regard d'autres élèves. Surtout des élèves qui ne prennent même pas la danse au sérieux. Devant des juges, j'arrive sans problème à surmonter leurs regards perçants. Mais des filles de mon âge, c'est autre chose. Je n'ai aucune amie. Je suis plutôt réservée, et donc pas très sociale, pour ne pas dire pas du tout. Miss Daisy est une très bonne prof et a accepté de me donner des cours en solo, elle dit  comprendre mon besoin de solitude. Et puis, être seule en cours permet à la prof de n'avoir qu'une seule élève à regarder, et donc cette élève reçois plus de remarque, et a plus de chances de s'améliorer. Ça fait bien 10 ans que j'ai commencé la danse. Du haut de mes 14 ans, j'ai déjà passé cinq examens, où j'ai reçu les félicitations du jury. Mais là encore, je dû garder ces victoire au fond de moi. Si j'en parle à la maison, c'est dispute avec les parents assurée, et après un examen, on est pas trop d'humeur à se fâcher avec quelqu'un. Ils savent que je prends des cours, mais s'en contrefichent. Du moment que leur petit monde n'en ai pas bouleversé, ils ne disent rien. C'est plutôt blessant d'avoir réussis quelque chose mais de ne pas pouvoir le fêter. Papa m'a obligé à cacher mes fiches d'examens et mes diplômes hors de sa vue. Ça, c'est décevant. Mais j'essaie de ne pas me laisser abattre. Ça a toujours été comme ça, pourquoi ça changerait ?
Nihal
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Nihal
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Mer 28 Fév - 16:46
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Miss Daisy m'autorise à retourner aux vestiaires où je retire mes pointes et me rhabille en tenue de ville. Je vais ensuite voir Miss Daisy pour payer mon cours.
— Te sens-tu prête pour l'examen de samedi, Taïana ? me demande-elle quand je lui tends un billet de 10 €.
— J'ai toujours un peu le trac mais ça commence à devenir habituel maintenant, répondis-je en toute franchise.
— Tu y arriveras. Tu sais, seul la moitié des élèves de la classe de ton niveau va faire cet examen. Et je suis prête à parier qu'elles ne se sont même pas entraîné sur leur chorégraphie personnelle. Tu es ma seule élève qui prend vraiment la danse au sérieux, Taïana. C'est uniquement pour ça que j'accepte de te faire des cours particuliers et d'accepter que tu paies avec du retard. Tu me rappelles beaucoup moi au même âge.
Miss Daisy me fait souvent remarquer que je lui ressemble au même âge. Quel compliment ! J'aimerai tant danser aussi bien qu'elle. Par contre, plus tard, je ne ferais pas professeur de danse dans un studio indépendant, comme elle. Les élèves ici ne prennent rien au sérieux. Peut-être travailler dans une école spécialisée, ou encore mieux, à l'Opéra ! J'ai toujours rêvé d'y entrer, mais les parents n'accepteraient jamais que je tente ma chance aux auditions, ils prendraient ça pour des bêtises ou des fantaisies de gamines. Je salue respectueusement ma professeur et quitte le bâtiment. Je marche en ville, essayant de garder la merveilleuse atmosphère du studio de danse avec moi. Malheureusement, au bout d'un moment, les voitures, les cigarettes et la grisaille du ciel gâchent tout et laisse place au monde de la société, monde triste empli de haine et de promesses non tenus.
Je rentre chez moi, retire ma veste et mes chaussures, puis monte les escaliers pour aller dans ma chambre. Je pose mon sac de danse sous mon lit, hors de la vue des parents, puis m'exerce dans ma chambre sur ma chorégraphie personnelle. Entrechat, développé, tombé, pas de bourré, pirouette deux tours. Attention au retour de tête, et le pied sur le genou en-dehors. Repose ce même pied en souplesse derrière. Je m'arrête enfin, et lève gracieusement le bras droit et le menton avant de m'immobiliser totalement.
Contrairement à ce que montre mon physique ordinaire, cheveux châtains et yeux noisettes, je ne sus pas comme les autres. Pour la simple et seule raison que je danse. Les enfants de la danse ne sont pas comme les autres, ils ont une enfance baignée de passion. En danse, il faut toujours se remettre en question, chose d'adulte, ne jamais penser qu'on a atteint la perfection, et toujours continuer à s'entraîner, même fatiguée. J'ai commencé la danse à 4 ans, la première fois où mes parents m'ont laissé seule à la maison. J'étais déjà très mature et débrouillarde. Je me suis mise devant la télé et j'ai regardé un reportage sur la danse suivi d'un ballet magnifique. J'ai ensuite cherché dans les pages jaunes une école de danse, et j'en ai trouvé une proche de la maison. Je savais déjà lire à l'époque, j'ai appris très jeune à cause de mon père qui voulait absolument que je soit précoce. J'ai demandé à mes parents si je pouvais prendre des cours là-bas. Ils ont accepté de m'y emmener une fois par semaine à condition que je paye moi-même les leçons en gagnant de l'argent en les aidant dans les tâches ménagères. J'étais déjà assez chargée pour une petite fille de 4 ans. Je suis restée dans cette école pendant 4 ans, où j'ai fais mes années d'éveil de la danse, comme toutes les autres élèves et comme toutes les grandes danseuses qui ont commencé par là. À mes 8 ans, après un an vraie de danse, je me suis rendue compte que les méthodes de ma prof n'étaient pas les bonnes, elle ne privilégiait que sa fille qui était dans la même classe que moi mais qui ne dansait pas si bien que ça. Elle "cassait" ses danseuses en les décourageant, en les forçant. Alors, j'ai commencé à chercher une autre école. Une en particulier m'a tapé dans l'œil. Elle venait d'ouvrir pas très loin de la maison, et des affiches accrochées dans la ville indiquait que la prof, Miss Daisy, avait fait son enfance et son adolescence à la Royal Ballet School et qu'elle avait dansé à l'Opéra Garnier. Je me suis rendue à cette école pendant que ma mère faisait du shopping à la une boutique juste à côté, et j'ai observé le cours en cachette par la fenêtre. Miss Daisy était souriante , et j'ai reconnu des méthodes qu'on enseignait das les grandes écoles prestigieuses que j'avais déjà vu dans des reportages sur Internet. Une semaine après, je suis revenue dans cette école, où j'ai eu une entrevue avec Miss Daisy, qui a été impressionnée qu'une fillette de 8 ans lui réclame des cours pas chers, assise sur un fauteuil bien trop grand pour elle. À la première leçon, elle a évalué mon niveau et m'a dit qu'il était supérieur à celui des filles de mon âge et que je ne progresserait pas en restant dans ce niveau. Je savais, intérieurement, que c'était grâce à mes nombreux entraînements dans ma chambres et aux vidéos et aux livres que je dévorait. Je suis donc allée au cours des filles de 11 ans et qui avaient donc 3 ans de plus que moi, mais ça s'est mal passé. Les filles se sont moqué de moi, je recevais des remarques du genre "salut la mioche, t'arrive à suivre, au moins ?" ou encore " Pousse-toi, ici c'est la place des vraies danseuses". Au bout d'une dizaine de cours, je suis allée voir Miss Daisy, en pleurs, et je lui ai demandé si je pouvais prendre des cours particuliers, seule. Elle a mit du temps à accepter, mais a finit par céder devant mes pleurs et mes supplications. Depuis, je danse avec elle, seule dans le studio sous son regard exigeant et vigilant. Au début, je prenais trois cours par semaines, puis je suis montée à quatre, puis maintenant à six, car je me sentais de plus en plus en manque dès que je ne dansais pas. J'ai progressé chaque semaine d'après ma prof. Mais je me fiche bien de savoir si j'ai un bon niveau ou pas, même si je savais que le mien était égale à des filles de 4 ans de plus que moi. J'étais heureuse, j'avais ce que je voulais, danser. Je suis fières, maintenant, de pouvoir dire que je danse. Et pas n'importe quelle danse, la plus difficile de toutes, la danse classique. Bon, je ne peux pas vraiment le crier haut et fort à mes parents, mais je me fiche bien de leur avis. À partir de 10 ans, ils ne m'emmenaient plus au studio, je faisais le trajet toute seule. J'aime bien, ça. Avoir de l'indépendance pour danser.

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Mer 28 Fév - 16:51
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Mon réveil sonne et je saute de mon lit. Aujourd'hui, j'ai un examen. Il y a une chorégraphie obligatoire et une autre libre. Pour ma part, j'ai crée la mienne, ça me fera un point bonus. Je file dans ma douche, me lave rapidement puis me sèche les cheveux. Je descends au rez-de-chaussé où j'avale un léger petit déjeuner. J'enfile ensuite ma tenue de ballerine. Pour les examens, nous devons porter un justaucorps de la couleur de notre école, pour que les juges puissent bien nous différencier. Mon justaucorps est donc gris. Je me fait mon chignon, mets ma tenue de ville par-dessus et empoigne mon sac de danse. J'allais quitter la maison quand mon père m'interpelle.
- Taïana ! Ou vas-tu ? demande-t-il d'une voix grave qui me fait frissonner.
J'hésite avant de répondre. Dois-je lui mentir ? Finalement, je décide de sortir la vérité, épuisée par tous mes mensonges avec mes parents.
- Je vais à mon examen de danse classique, papa. Je serais de retour cette après-midi.
- Ton examen de... Oh. Très bien. Et qui t'as autorisé à t'absenter pour le déjeuner ?
- Heu... personne. Mais je...
- Si je ne t'avais pas arrêtée, tu serais partie sans nous prévenir de ton absence ! Nous nous serions inquiétés !
J'en doute fortement. Je sais qu'il choisit la première excuse qui lui vient pour me crier un peu dessus. J'ai parlé de danse, je vais en payer le prix.Il continue sa mascarade pendant que je soupire en regardant ma montre.
- Bon, papa, le coupai-je. Je suis désolée, mais là, je dois vraiment filer, je vais être en retard, salut !
Je sors de la maison sans attendre sa réaction. J'étais loin d'être en retard, mais j'aime être en avance pour pouvoir me préparer et m'échauffer. Je pris le bus, car le lieu de l'examen était plus loin que le studio de danse où je pouvais me rendre à pied. Pendant le trajet, je me remémore mes chorégraphies. Tout devait être parfait. Dans mes écouteurs, la musique sur laquelle je danserais se diffusent dans mes oreilles.  Quelques minutes plus tard, je sors du bus et me retrouve devant le studio de l'examen. Il est très grand et possède plusieurs étages. Autour de moi, d'autres danseuses de ma tranche d'âge entrent dans le bâtiment, plus ou moins stressée. J'inspire un grand coup et replace la lanière de mon sac de danse sur mon épaule. Je pose la main sur la poignée de la porte vitrée et entre à l'intérieur. Dedans, c'est un véritable bordel. Des filles courent dans tous les sens à la recherche des vestiaires, alors qu'il y a un panneau qui indique où elles se trouvent. D'autres parlent avec leurs parents avant de les quitter. Il y a aussi quelques garçons, plus sérieux. Vu que le panneau indique que les vestiaires se trouvent au premier étage, je m'y rends et suis l'itinéraire. Mais lorsque je pousse la porte censé me mener là où je voulais, je trouve un local d'entretien ! Je reste ébahie devant la petite pièce, la main encore sur la poignée. Pourtant, j'étais certaine de ne pas m'être trompée de chemin ! Je revient sur mes pas et vérifie le tableau. Normalement, c'est bien là. Mais les vestiaires ne peuvent pas être dans un locale d'entretien ! Un homme portant une combinaison bleue passe derrière moi et je l'interpelle :
- Excusez-moi ! Vous ne savez pas où se trouve les vestiaires pour l'examen de danse classique ? Le panneau indique que c'est là-bas, et pourtant je ne les ai pas trouvé.
Il se tourne vers moi, agacé. Je ne dois pas être la première personne qui lui pose la question.
- Non, les vestiaires sont au quatrième étage ! Il y a des petites pestes qui ont changé tous les panneaux pour tenter de disqualifier le plus de concurrents possibles. Dès qu'on remet les panneaux en place, elles les change !
-Oh... merci beaucoup monsieur.
Voilà encore une raison pour prendre des cours de danse particuliers. Dans ce domaine, les filles sont prêtes à tout pour en disqualifier d'autre, et ça ne changera jamais. Heureusement que je sus arrivée en avance. Celles qui arrivent en retard n'arriverons jamais à l'heure avec ce détour. Je comprends mieux maintenant pourquoi tellement de filles étaient perdues à l'entrée du bâtiment. Je monte encore des escaliers. Je pourrai prendre l'ascenseur comme la plupart des autres concurrentes, mais je ne le prends jamais. Imaginez qu'il se bloque au milieu de son trajet et que je ne puisse jamais en sortir, ratant au passage l'examen ? Je secoue la tête à cette pensée et continue de gravir les marches toujours plus nombreuse. Au moins, ça m'échauffe. Un fois arrivée, j'ouvre une porte bleu marine où un panneau "vestiaires" y est scotché. La pièce est grande. Beaucoup de filles y sont déjà installées, à moitié habillée ou à moitié coiffée. Une d'elles, grande et brune, portant son justaucorps bleu foncé en dessous de son jean, s'approche de moi en me voyant arriver.
- Tu t'es fait avoir toi aussi pour l'emplacement des vestiaires ? me demande-elle avec un sourire.
Elle a un visage qui n'inspire pas confiance, et la lueur amusée dans ses yeux effrayerait n'importe qui. Mais j'ai appris que les apparences étaient parfois trompeuses. Autour de nous, les conversations ont baissé d'un volume pour nous écouter. Je hoche la tête et mon interlocutrice éclate d'un rire cruel qui sonne faux.
- Ha ha ha ! Et encore une qui est tombée dans les mailles du filets ! À ce rythme-là, celles qui seront en retard ne trouverons jamais le bon chemin !
Je recule d'un pas instinctivement. C'est cette fille qui a dû déplacer les panneaux et je viens de me faire avoir. Je lui lance un regard noir, furieuse contre elle.
- Oh, allez, fais pas cette tête-là ! T'as réussis à trouver le chemin, non ? Moi c'est Pearl, du conservatoire de la ville.
Elle me tend la main en se présentant. Je la prends à contrecœur et la serre avant de me présenter à mon tour.
- Taïana, de l'école de Miss Daisy.
Elle hausse un de ses sourcils magnifiquement fin et se retourne pour parler avec d'autres filles. Pearl fait partie de ces beauté dangereuses, sublimes, mais venimeuses.
Je pars me trouver une place isolée et commence à enlever ma tenue de ville. Puis j'enfile mes guêtres noires et mon cache-cœur. Je remets un peu de laque sur mon chignon et mets mes demies-pointes pour m'échauffer. Je jette un coup d'œil à l'horloge. J'ai encore quarante-cinq minutes pour m'échauffer. Je commence par de petites exercices simples. Je me félicite d'avoir privilégié une place isolée, où je peux faire n 'importe quel exercice sans déranger personne. Pourtant, lorsque je travaille mon en-dehors, une fille se rapproche de moi. Elle est petite, mince, et blonde. Elle porte un justaucorps gris comme moi, ce qui signifie qu'elle vient aussi de l'école de Miss Daisy.
- Taïana, c'est ça ? me demande-t-elle.
- Oui, c'est moi. Qu'est-ce que tu veux ?
- Je m'appelle Liz. Tu es aussi de l'école de Miss Daisy ? Pourtant je ne t'ai jamais vu là-bas. Tu es une nouvelle ? Tu fais partie du cours des élèves du niveau inférieur ?
- Pour répondre dans l'ordre, oui, non et non.
- T'es dans quel cours alors ? Celui des supérieures ?
- Je ne suis dans aucun de vos niveau. Tout ce que tu as besoin de savoir, c'est que je suis dans la même école que toi, mais pas dans le même cours. Ça te va ?
Je n'avais pas très envie de crier aux quatre coins de la pièce que je prends des cours particuliers. Généralement, c'est assez mal vu.
- Mais... Je ne t'ai jamais vu là-bas ! continue Liz. Et je connais toutes les élèves de cette école !
- Apparemment non.
- Mais... Pourquoi tu ne veux pas me le dire ? Tu es une correspondante ?
- Non.
- Mais dis-le moi ! Si tu veux que je te fasse confiance, il ne faut ma me cacher des choses !
- Pourquoi est-ce que tu devrais me faire confiance ?
- Bah... parce que c'est un concours ! Si on est unies par école, on a plus de chance de gagner !
 - Désolée de te l'apprendre Liz, mais ce n'est pas un concours. C'est un examen.
- C'est une examen à titre régional. Si l'école gagne, ça nous fera une bonne réputation !
- Mon but n'étant pas de gagner mais de réussir mon examen, je ne vois pas pourquoi je 'en dirais plus. La danse classique est un milieu cruel, Liz. Tu ferais peut-être mieux de le comprendre tout de suite si tu veux continuer.
Elle reste devant moi encore un bon moment, interloquée par mes propos, pendant que je continue à m'échauffer comme si de rien n'était. Une fois qu'elle se décide à partir, elle se dirige vers un groupe de fille portant le même justaucorps. Elles se font des messes basses mais je les ignore. Des filles comme ça, j'en est croisé des tonnes. Elles sont toujours surprise de découvrir mon tempérament, mais au fond, elle savent que je ne dis que la vérité. La danse classique est cruel, peu de personne peuvent en faire leur métier. Alors autant me conduire comme une vraie danseuse dès maintenant.
Quinze minutes plus tard, je suis totalement chaude. Je fais le grand écart dans toutes les positions, le pied dans la main jusqu'à ce que ma jambe soit derrière ma tête. J'ai toujours été très souple, et j'entends quelques soupir d'admirations dans les vestiaires pendant que je fais mes étirements. Soudain, pendant que je suis en plein grand écart facial, Pearl se plante ses pieds devant moi.
- Non mais regardez-moi ça ! Tu te sens obligée de faire la frimeuse devant tout le monde ?
Ses tâches de rousseurs la rendent encore plus menaçante. Elle me regarde de haut. Je me relève pour être moi aussi debout. Je déteste regarder quelqu'un de bas.
- Je ne fais pas la frimeuse, je m'étire. C'est essentiel avant un examen, le sais-tu ?
- Tu pourrais très bien le faire dans les coulisses avant de passer. Plutôt que de vouloir impressionner tout le monde.
- Si j'impressionne quelqu'un, c'est que cette personne ne doit pas être très douée. À mon niveau, tout le monde sait faire ça.
- Est-ce que tu insinues que nous avons un niveau inférieur à toi, gamine ? Tu me fais marcher.
- Pas du tout.
- Tu le pense vraiment ? Il est clair que tu es une des plus jeunes concurrentes, nous avons donc plus d'expériences que toi, quel que soit ton niveau.
- Ne te fie pas aux apparences.
- Je suis du conservatoire. Nous remportons toujours tous les concours. Alors ce n'est pas une gamine de l'école de Miss Daisy qui va me faire peur.
J'ai un sourire en coin qui fait rager Pearl. Je n'ai pas besoin de répliquer quelque choser tout de suite. Ma plus grande défense sera de donner le meilleur de moi-même lorsque je passerai.
- Nous verrons ça. Maintenant, si tu le permets, je vais continuer mes étirements.
Je glisse en grand écart pendant qu'elle tourne sauvagement les talons. Une fois bien étirée, je retire mes demies-pointes et noue mes pointes. Je fais quelques exercices pour chauffer mes pieds dans mes chaussons quand une vois retentit dans les vestiaires. Elle vient de gros micros attachés aux quatre coins de la pièce.
- Mesdemoiselles et messieurs ! Je vais vous demander de monter au sixième étage où se trouve la scène où nous vous jugerons. Les retards de plus de cinq minutes ne seront pas acceptés.
Une fille entrait justement dans la pièce, toute essoufflée. Elle a sûrement dû tomber aussi dans le panneau du local d'entretien. À présent, elle a cinq minutes pour s'habiller, se coiffer et s'échauffer. Pearl ricane en la voyant puis sort la première de la pièce, la tête haute. Je regarde la fille qui vient d'arriver. Elle est petite, rousse, et semble au bord de al crise d'angoisse. Alors que toutes les filles quittent les vestiaires, je ne peux m'empêcher d'avoir pitié d'elle. Ce n'est pas sa faute si elle sera en retard, mais celle de Pearl. Je m'approche d'elle. Elle retire son tee-shirt en vitesse, dévoilant un justaucorps vert. Je m'empare d'une brosse à cheveux qui traîne dans son sac et commence à les lui brosser. Elle sursaute et se tourne vers moi.
- Qu'est-ce que tu fais ? Tu vas être en retard, toi aussi !
- C'est Pearl qui a changé les panneaux de place. Ce n'est pas juste de faire ce genre de chose. Il faut que tu lui montres que tu peux arriver à l'heure, et que tu donnes tout ce que tu peux pendant l'examen, d'accord ?
- Heu.. D'accord...
Ses cheveux sont épais, une peu bouclés et emmêlés. Pas du tout l'idéal pour un chignon. Je les brosse du mieux que je peux, lui fais une queue-de-cheval aussi serrée que possible, puis enroule ses cheveux autour de l'élastique, pendant qu'elle enfile ses pointes. Je regarde l'heure en passant le filet. Plus que trois minutes. Je passe les épingles en vitesse et passe un voile de laque. Une fois qu'elle est entièrement prête, nous nous précipitons à l'extérieur en courant. Je lui prends le bras lorsqu'elle s'apprête à prendre l'ascenseur.
- Imagine que tu reste coincée dedans ! Et les escaliers, ça t'échauffera !
Elle hoche la tête, les joues rougies par l'effort. Nous sautons plus que nous gravissons les marches. Une fois arrivées, je constate sur une horloge que nous arrivons avec juste trois secondes de retard. Touts les danseurs sont attroupés dans les coulisses, et je vois Pearl se tourner vers nous et nous lancer un regard noir.
- Oh ! On est à l'heure ! s'exclame la fille que j'ai aidé. J'arrive pas à y croire ! Merci beaucoup ! Moi c'est Tracy !
- De rien. Je m'appelle Taïana.
- Original comme prénom !
- Ouais... original.
- Mesdemoiselles et messieurs, venez sur scène pour que nous vous expliquions le programme ! lance une voix d'homme.
Nous nous avançons dans les lumières de la scène. Pearl, qui est sûrement arrivée la première, est tout devant, comme si elle nous dirigeait. Tracy et moi nous retrouvons au fond, dans les poussières.
- Très bien, commente un homme brun dont je ne vois que la tête.  Nous allons vous appeler un à un, d'abord pour la chorégraphie imposée. Une fois que vous aurez dansé, vous irez vous installer dans les sièges normalement destinés au public. Une fois que tout le monde sera passé, nous vous rappellerons dans le même ordre pour la chorégraphie libre. Vous aurez les résultats seulement quand le jury aura délibéré. Allez, au travail, tout le monde en coulisse !
Il a un léger accent venant de je ne sais quelle langue. Nous retournons derrière les rideaux pendant que le jury appelle la première candidate. Elle est mince, châtaine, et porte un justaucorps rouge bordeaux.
- Je crois qu'elle fait partie de l'école de Katie Grange, me souffle Tracy.
- Katie Grange ?
- C'est une école réputée pour ses manières très strictes d'apprendre la danse. Il paraît que leur prof est parfois violente.
Je regarde la danseuse. Elle a un corps de rêve, et est maquillée comme un pot de peinture. Ses pas sont précis, et son sourire sonne faux. Oui, elle a les marques d'une prof très exigeante. Ce genre de chose se voit en dansant. Cette fille ne prends pas plaisir à danser. Elle est ici juste car sa prof le lui a obligé. Techniquement, elle est parfaite, mais elle n'a pas l'étincelle que cherche tous les danseurs. Et mon petit doigt me dit que cette étincelle, elle ne le cherche pas vraiment.
- Et toi ? demandai-je à Tracy. Tu es dans quelle école ?
- L'école de Madame Sally ! Et toi ?
- L'école de Miss Daisy.
- Miss Daisy ? C'est vrai qu'elle a fait le Royal Ballet School ?
- Bien sûr. C'est une très bonne prof. Et Madame Sally, elle est comment ?
- Sérieuse. Oui, sérieuse, c'est le mot. Elle ne le montre pas souvent , mais elle nous adore.
La fille de l'école de Katie Grange a finit sa prestation. Elle s'assoit sur un des sièges réservés au public. Le prochain concurrent est un garçon. Il est grand, musclé, et porte un tee-shirt blanc.
- Le blanc, c'est la couleur de quelle école ? me demande Tracy.
- Je ne sais pas. Je crois que c'est celle de Nicolaï Straviort, mais je ne suis pas sûr.
- Nicolaï Straviort ?! Sans blague ? Wouah.
Nous regardons sa prestation en silence. Il est doué, c'est sûr. Mais peut-être pas assez pour passer l'examen haut la main. La suivante est Pearl. Elle se place la tête haute au centre la scène et commence la chorégraphie. Son sourire affiché sur son visage est reflète clairement de la frime. Et dire qu'elle a dit que c'était moi, la frimeuse ! Je regarde tout de même sa prestation d'un œil de danseur. Ses pas ne sont pas très précis, mais elle respecte tout le reste de la chorégraphie sans problème. C'est une concurrente de taille, il n'y a pas à dire.
- Wow. C'est pas juste, la peste est super douée, murmurer Tracy.
Je sais qu'elle ne voulait pas que je l'entende. Tracy a peur, ça se voit. Elle se tortille les mains. Soudain son nom sort de la bouche du jury. C'est à elle. Elle vire du rouge au blanc et s'avance. Je la retient juste à temps pour lui chuchoter :
- Attention, ton galon !
Le ruban de ses pointes dépasse de son nœud. Elle le remet rapidement et va se placer sous le projecteur. La musique commence. Aussi étonnant soit-il, Tracy danse très bien. Lorsque qu'elle commence à danser, elle devient très différente et passe de maladroite à concentrée. Je regarde Pearl dans le public. Elle est rouge de rage. Tant mieux. Ça lui fait une belle revanche. Une fois sa chorégraphie terminée, quelques filles passent, plus ou moins douées. Enfin, mon nom retentit et je m'avance sur la scène. Je ferme mes yeux maquillés un instant. Tout va bien se passer. Je vais en mettre plein la vue à cette peste de Pearl. Je vais impressionner le jury. Et je vais passer mon examen haut la main. Ça n'aura duré qu'une fraction de seconde, mais lorsque je rouvre les yeux, je suis prête.
Et je m'envole.
Haut dans le ciel.
Je ne suis plus sur une scène.
Je suis dans les nuages.

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Mes mouvements sont précis. Je ressens la musique au plus profond de moi. Je me sens heureuse. Je me sens épanouie. Libre. Libérée du collège, de mes parents, de Pearl, de tout. Lorsque la musique s'arrête, je retourne au monde réel aussi violemment que si on m'avait donné une gifle. Je cesse de sourire, et regarde les danseurs qui sont déjà passé installé devant la scène, un peu perdue. Il me faut toujours un moment pour me remettre de ce genre de chose. Je regarde le jury, que je n'avais pas encore observé jusque là. Il y a deux femmes et un homme. Ils n'affiche aucune émotions, comme tous les jurés du monde entier.
Je prends le temps de reprendre ma respiration avant de quitter la scène, les jambes flageolantes, pendant qu'un jury appelle un autre concurrent. Je m'assois à côté de Tracy qui me fait un clin d'œil. Je lui souris en retour. Nous n'avons pas besoin de formuler à voix haute notre avis sur notre prestation. Toute danseuse comprendrait.  Nous regardons tour à tour les autres danseurs, et Tracy a une vue sur un jeune homme en particulier venant d'une école que nous ne connaissons pas.
- Non mais t'as vu comment son regard est trop profond ? Et ses muscles ! Oh là là, mais c'est un dieu ! rabâche-t-elle depuis un moment.
- Oui, j'avais compris. Et t'as regardé sa prestation, au moins ?
- Évidemment. Enfin c'est surtout lui, que j'ai regardé. De toute façon, avec un corps pareil, il ne peut que bien danser. C'est une évidence.
- Hé bien moi, j'ai regardé sa danse attentivement, et je peux t'assurer qu'il n'avait rien d'extraordinaire. Il danse... basiquement.
- Et alors, c'est pas le but de la chorégraphie imposée ?
- Bah non. Il faut ce truc en plus, cette étincelle, tu vois.
- Ah oui, je vois, ma prof me le répète constamment. Elle est persuadée que je ne pourrait pas continuer ma vie dans la danse.
Elle finit sa phrase alors qu'une ombre passe dans ses yeux. Je pose timidement ma main sur son épaule.
- Hé, Tracy... T'inquiète. Tu trouveras, j'en suis sûre. Et puis, moi, j'ai trouvé que tu avais vraiment très bien dansé.
Elle est prise de sanglots et des larmes se mettent à couler sur ses joues. Et dire qu'il y a quelques secondes à peine, elle pétillait de joie.
- Non, tu ne comprends pas... Tu l'as toi, c'est évident, tu danses littéralement avec ton cœur. Moi, on me répète depuis toute petite qu'il me manque quelque chose. Mais j'aime la danse, je veux trouver ma place dans ce domaine...
Je retire ma main. Elle a raison, je ne peux pas comprendre. J'ai toujours été parée de louanges, toujours été félicitée par les jurés, toujours encouragée par ma prof. Je n'avais rien à envier à Tracy. Voilà pourquoi j'évite d'avoir des amies. Ce n'est jamais évident de devoir réconforter quelqu'un qu'on ne comprends pas, ou qui est moins doué que nous.
- Désolée, répondis-je simplement.
Ce mot signifie tellement de chose à la fois. Désolée d'être plus douée que toi. Désolée de ne pas pouvoir te consoler. Désolée pour toi. 
Les jurés réclament notre attention. Tracy sèche ses larmes et nous posons les yeux sur le jury. Il n'y a plus personne dans les coulisses. Tout le monde a dû passer.
- Nous allons maintenant vous appeler dans le même ordre pour la chorégraphie libre. Je tiens à repréciser que si vous avez créé votre chorégraphie, ça vous fera gagner des points.
Un sourire flotte sur mes lèvres. Je suis assez confiante pour cette épreuve. Généralement, mes chorégraphies plaisent aux jurés. Puis je repense à Tracy et commence à culpabiliser de me sentir si confiante alors qu'elle est angoissée comme jamais.
- Au moins, j'ai inventé ma choré, me souffle-t-elle. Ça me permettra de récolter quelques points.
- Même sans ça, tu aurais eu ton examen haut la main, la rassurai-je. Tu as très bien dansé tout à l'heure.
Plusieurs danseurs passent. Lorsque viens le tour de Pearl, elle se place au centre de la scène, le menton levé. La musique de sa chorégraphie commence. Je reconnais la danse des villageois dans Gisèle. C'est une danse plutôt simple, qu'elle maîtrise parfaitement. La musique prend fin et Pearl s'immobilise, le sourire aux lèvres. Je lève un sourcil. Elle est fière d'elle alors que sa danse était toute simple. De plus, elle ne l'a pas inventé.
- C'était pas si mal, observe Tracy. Mais j'ai envie de lui donner une baffe avec son air hautain.
Bon, c'est à moi maintenant.
Elle quitte son siège et vérifie une dernière fois que son galon est bien rentré. Elle se place sur scène, et commence sa chorégraphie avec grâce. Dans l'ensemble, sa prestation est magnifique. Sa danse est original, pleine de vie et joyeuse. Lorsqu'elle finit, elle a elle-même le sourire de quelqu'un d'euphorique. Je suis même prête à parier que les jurés ont exactement le même.
Mon tour viens quelques temps plus tard. Je respire un bon coup, et me place sur la scène. Je passe en revu le public. Il ne reste plus grand monde qui attendent pour danser. Ceux qui sont déjà passé sont dans les coulisses. La musique commence, douce, et pénètre en moi.  Je commence simplement, avec quelques pas de valses. Des violons vienne t s'ajouter au piano de ma musique et je commence les pas plus compliqués. Je fais un relevé arabesque sur pointe, un pas chassé un un jeté entrelacé. Quelques petits pas, puis une pirouette deux tours sur pointe. J'enchaîne avec une pirouette un tour avec la jambe droite en arabesque. Je finit en fondu, les bras en quatrième position. Emportée par la musique, je continue. Je vois encore les jurés devant moi, les danseurs dans les coulisses qui regardent ma prestation avec intensité. Le désir de plaire prends le dessus et je donne tout. Je désire en mettre plein la vue à tout le monde. Je désire être respectée en tant que danseuse. Je désire que Miss Daisy soit fière de moi. Je désire monter de quoi je suis capable.
La musique prend fin, mes mouvements avec. J'étire encore un peu mon bras devant moi, le regard fixé sur ma main. Un des jurés commence à applaudir. Je suis essoufflée. Je lâche ma position, pendant que le juré qui tape dans ses mains prend la parole :
- Alors là, chapeau ! Je ne suis pas censé faire de commentaire avant les résultats, mais cette fois-là je ne peux pas laisser passer ça ! Taïana, c'est ça ? Ta danse était tout bonnement incroyable ! Je ne sais pas ce que tu fais ici, dans ce modeste examen régional, alors que tu devrais danser dans tous les Opéras du monde ! Tu as ce petit quelque chose au fond de toi. Tu as ce désir de faire encore mieux, quelque soit ton niveau. Si je peux te donner un simple conseil, le voici : n'arrête jamais de danser.
J'ouvre la bouche, étonnée. Je ne suis pas habituée à ce qu'un juré veuille me commenter personnellement. Normalement, ils ne disent rien et je reçois juste une feuille à la fin de l'examen avec comme appréciation "Très bonne prestation", mais c'est tout. Je suis tellement émue que je sens des larmes perler au coin de mes yeux. Mais je veux me monter forte, alors je remercie le juré et sors par les coulisses, le dos droit. Tous les danseurs me fixent et s'écartent sur mon passage. Sur le visage de Pearl, il n'y a pas une once de jalousie, juste la surprise. Tracy, elle, me regarde les yeux écarquillés, le sourire aux lèvres.
- Wouah, tu nous a tous scotché ! Félicitations !
La danseuse qui présente sa chorégraphie après moi essaie d'impressionner autant que moi les jurés.
- Elle danse bien, mais après ta danse, le jurés ne féliciteront plus personne, me chuchote Tracy.
Je ne sais pas si je dois vraiment être joyeuse de cette réussite. Je ne veux pas m'attirer de jalousies, et je ne veux pas gâcher les chances de cette danseuse. Je sors des coulisses avant la fin de sa prestation et rejoins les vestiaires. La pièce est vide, silencieuse. Je regarde les oiseaux voler par la fenêtre dans le ciel bleu. Je retire mes pointes et bois un peu d'eau. Puis j'attends que les autres reviennent, assise dans un coin, le dos appuyé au mur.

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La remise des diplômes se fait dans une demie-heure. Les danseuses se rhabillent dans les vestiaires en bavardant sur l'examen, commentant leur chorégraphies en défaisant leurs chignons. Pearl affiche un sourire satisfait au milieu d'un cercle d'amies. Tracy brosse ses cheveux tant bien que de mal, en vérifiant quelque chose sur son portable. Je range mes affaires dans mon sac, déjà prête, et sors de la pièce. Je me rends au rez-de-chaussez, mon sac de danse sur les épaules, lorsque je croise Miss Elise dans un couloir.
- Miss Elise ? Que faites-vous ici ?
- Ha, Taïana, je te cherchais. Nick m'a appelé. Il m'a dit que qu'il avait été très agréablement surpris par ta prestation, alors je suis venue pour la remise des diplômes, explique-t-elle avec un clin d'œil.
- Nick ? répétai-je, surprise. Le juge ? Vous le connaissez ?
- Hé oui, que veux-tu, une vieille connaissance du Royal Ballet School. Il a mieux réussit sa carrière que moi.
- Ne dites pas ça ! Vous êtes la meilleure professeur qui puisse exister !
- C'est gentil, Taïana. Bon, et cet examen, alors ? Il s'est bien passé apparemment !
- Oui, ça a été...
- Tu n'as pas l'air contente de toi. Pourtant, Nick a été très impressionnée, et il est difficile à convaincre.
- Non, c'est autre chose, c'est rien.
- Bon, tu veux boire quelque chose en attendant la remise ? Je te paye un jus d'orange !
J'esquisse un sourire et suis ma prof à la cafeteria du théâtre.
***
Les juges appellent les danseurs un par un. Pour le moment, seuls deux élèves ont été recalés. Je me tiens à côté de Miss Elise, sereine. De loin, je vois Tracy se tripoter les doigts, angoissée. Soudain, son nom retentit et elle pâlit, avant de s'avancer sur l'estrade. Un des juges lui donne son diplôme, et elle reprend tout de suite des couleurs en lisant l'appréciation. Elle revient à sa place, soulagée. Les noms passent et repassent, et comme à chaque remise de diplôme, je regrette d'être à la fin de l'ordre alphabétique. Enfin, le juge m'appelle. Je quitte ma prof et m'avance, sûre de moi. Une fois le diplôme en main, je lis l'appréciation.
« Très bonne prestation. La chorégraphie imposée est précise, juste, et la chorégraphie libre est originale et plaisante. Très grand potentiel. »
Un sourire se dessine sur mes lèvres pendant que je rejoins Miss Elise, fière de moi. Elle lit elle aussi l'appréciation et me félicite :
- Bravo, c'est super ! Au fait, Taïana.... Je ne suis pas venue seulement pour a remise des diplômes.
- Ah bon ? Et pour quoi d'autre ?
- Je devais te dire que je ne peux plus assurer tes cours particuliers.
Je sens le monde s'effondrer autour de moi. L'appréciation bien loin derrière moi, mon sourire disparaît et je fixe ma prof, les jambes tremblantes. 
- Par... pardon ?
- Je suis désolée, Taïana, mais tu comprends, je tiens moi même ma propre école, et par conséquent, je suis débordée.
- Mais...
Je ne trouve plus les mots. Les larmes me montent aux yeux. L'arrêt des cours particuliers signifie la fin de la danse. Le commentaire du juge après ma chorégraphie me revient en mémoire. « N'arrête jamais la danse ». Tous mes membres me paraissent être de la pâte à modeler pendant que les larmes ruissèlent sur mes joue.
- Ne pleure pas, Taïana, il y a une solution...
- Laquelle ? demandai-je, pleine d'espoir, la voix tremblante.
- Prendre des cours avec les élèves de ton niveau, tout simplement.
- Mais... Vous le savez, je... je ne peux pas....
- Taïana... Tu veux devenir danseuse, non ? Hé bien toutes les danseuse doivent prendre des cours avec d'autres élèves, pour évoluer leur niveau par rapport aux autres, pour le contact humain...
Elle essaie de me proposer des arguments de plus en plus ridicules pur essayer de me persuader, mais je continue à pleurer, certaine que je ne pourrai jamais supporter des cours avec d'autres élèves.
- Écoute-moi, Taïana, reprend-elle avec plus de fermeté. Tu es la meilleure élève que j'ai jamais formé. Je ne veux pas te perdre non plus. Promets-moi d'essayer, au moins.
Je secoue la tête, désespérée.
- Le prochain cours est lundi, à 18h30. J'espère que tu seras là.
Elle me laisse plantée là et sors du théâtre. Je reste longtemps debout au centre, pendant que les autres passent autour de moi. Le regard dans le vide, j'essaie de voir al réalité en face. Arrêter la danse ? Prendre des cours avec d'autres ? Arrêter serait signer mon arrêt de mort. Continuer, avec d'autres.... Les moqueries et les jalousies que j'ai vécu me reviennent en mémoire et je redouble de sanglot.
- Taïana ? Tu pelures ?
Je relève la tête et découvre Tracy qui me fixe, l'air inquiet. J'essuie mes larmes du revers de ma main en murmurant :
- Non, c'est rien, t'inquiète.
- Bon... Si tu ne veux pas en parler... Tu as un téléphone ? Je voudrais rester en contact avec toi, t'es sympa. C'est rare, dans ce domaine.
- Heu... Oui, si tu veux, mais... j'ai jamais vraiment eu d'amies, tu sais.
- C'est pas grave ! Aller, donne-moi ton numéro !
Je m'exécute, l'ombre de la mauvaise nouvelle qu'on vient de m'annoncer toujours derrière moi.
- Merci, je t'enverrai un message cette après-midi. Tu es dans quel collège ?
- Hum, celui près de la mairie. Et toi ?
- Ha oui, je vois où c'est. Moi je suis à St Gardèlias. Les élèves sont tous immatures là-bas, ça fait pitié. Bon, je te laisse, mes parents m'attendent chez moi. À bientôt !
- Salut !
Je sors peu après elle, attristée par mon dilemme. J'ai un jour pour réfléchir à ma décision. Même si je sais que la solution d'arrêter la danse est déjà écartée, je ne peux pas me réfugier dans les bras de l'autre choix sans penser aux conséquences.

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Chez moi, j'entre dans un monde désert, où la danse n'existe pas. Mon père travaille sur son ordinateur, un casque sur les oreilles. Ma mère met de l'ordre dans les papiers. Je monte dans ma chambre non sans les saluant brièvement au passage. Une fois là-haut, je détache mes cheveux. Même si la danse classique exige toujours un chignon, je préfère tout de même sentir mes cheveux libres tomber dans mon dos. Je pose mon sac de danse et branche mon lecteur DVD. J'appuie sur lecture et écoute la bande-son du film. Voilà bien six ans que je ne l'ai pas regardé. Il était oublié au fond de mon armoire, et je ne sais pour quelle raison, j'y ai repensé dans le bus. Le scénario me paraît tellement niais à présent. Quand j'étais petite, il me paraissait sublime. J'avance un peu avec la télécommande pour regarder les scène de danse. Je sais exactement comment les producteurs ont fait pour reproduire en dessin-animé les gestes d'un vrai danseur. Ils ont pris une vraie danseuse en chair et en os, et elle a dansé la chorégraphie, enregistré sur ordinateur grâce à tous les capteurs qu'elle avait sur elle. Tous les détails sont donnés dans les bonus du DVD. Quand j'étais petite, j'adorais tellement ce dessin-animé que je le regardais une fois tous les deux jours. Il est même rayé, ce qui fait qu'il bloque à la fin. Barbie et les douze princesses. Il y a quelques années, ce titre me paraissait magnifique. À présent, il me semble se rapprocher des bisounours. Je ferme les yeux et me revois, moi, du haut de mes 1m20, essayant de répéter les mouvements de la danseuse à l'écran. J'adorais faire des arabesques. Je pensais que je levais très haut ma jambe, alors qu'en réalité elle n'était même pas à hauteur de mes hanches. Quand deux danseuse font un saut de chat, je réprime un rire en me souvenant qu'à une époque, je pensais que bouger mes jambes dans le vide comme ça serait impossible. Je rouvre les yeux en entendant la musique qui m'entraînait dans ces moments-là.
- "Et tu danses, et tu danses encore et sans fin..." répétai-je à mi-voix.
J'aimais tellement cette chanson. La voix de la chanteuse a bercé mon enfance, et la réentendre me fait bizarre. J'appuie sur la touche stop et retire le disque du lecteur.
Je dois prendre une décision. Enfin, même si la décision en soit est déjà prise, je dois trouver un moyen d'ériger un mur de glace autour de moi pour ne pas être perturbée par les autres élèves du cours. Je dois être froide, distance. Dans ma bulle. Oui, voilà  je ferais ça. Et lundi, je serais au studio, coiffée, habillée parfaitement, à 18h00. Normalement, j'arrive beaucoup plus tôt  qu'une demie heure en avance, mais là c'est différent. Il y aura du monde, je ne serais plus seule.
Mon téléphone vibre.
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Coucou Taïana, c'est Tracy Wink
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Je souris et répond brièvement. Je n'ai jamais été douée pour la conversation. Même si c'est en texto. Lorsqu'elle me répond, une minute plus tard, elle met des tas de smileys souriants. Je lui répond simplement par un emoji souriant... à moitié. Exactement comme moi en ce moment-même.
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Dis... Tu veux toujours pas me dire pourquoi tu pleurais tout à l'heure ?
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Je me mords les lèvres mais lui explique tout de même.
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Hé ben tu vois jusque là je ne prenais que des cours particuliers, et ma prof venait de me dire qu'elle n'avait plus le temps de m'en dispensée et que je devrais prendre des cours avec d'autres élèves...
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C'est juste ça ? Bah c'est pas grave, ça, ne t'inquiète pas, c'est bien aussi les cours avec d'autres ! C'est parfois même plus amusant !
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Mais j'ai souvent dû avoir affaire avec la jalousie des autres, avant... Je n'ai pas encore envie que ça recommence. Et puis, c'est mieux quand la prof n'est focalisée que sur nous...
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Tu m'as dit que j'avais bien dansé tout à l'heure. Hé bien moi, je prends des cours normaux ! Tu sais à l'Opéra ils prennent pas non plus de cours particuliers X) Et pourtant les élèves deviennent souvent danseurs.
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Tu as peut-être raison... Je n'avais pas pensé à ça.
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On peut se voir demain ?
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Je réfléchit à sa proposition un instant. Après tout, je n'avais rien à faire demain... Et ça me permettrait de me détendre un peu.
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D'accord ! Au café de la Place République à 14h00 ?
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C'est noté ! À demain Wink
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Je range mon portable et regarde ma fiche d'examen. J'allais la stocker avec les autres mais je stoppe mon geste. Ai-je vraiment envie de voir disparaître mon appréciation, elle ainsi que toutes les autres, pour ne plus jamais les revoir ?
Les filles normales les accrochent à leur frigo. Je ne peux pas le faire sur mon frigo, mais peut-être dans ma chambre... Ce serait vraiment arrogant, mais les basketteurs ont bien des trophées dans leur chambre. Pourquoi pas moi ? Je me rends alors compte que je souffre de l'absence de danse chez moi. J'ai envie que ça change. Je sors toutes mes feuilles d'examens. Je prends les vieilles pontes trop petites ou trop usées pour que je puisse les utiliser. Je superpose mes fiches d'examens des plus anciennes aux plus récentes et l'accrochent avec une punaise sur le mur. J'accroche aussi mes pointes à la poignée de mon armoire. Je regarde ensuite le mannequin en tissu que m'avait acheté ma mère pour mon anniversaire, à mes 13 ans. Elle voulait que je créée des tenues. Petite, ma mère voulait absolument devenir styliste. Je m'y suis intéressé pendant un jour, peut-être deux, mais je me suis vite lassée. Maintenant, il y a juste un vieux chapeau qui pend dessus. Je l'enlève et dépoussière un peu le mannequin. Je sors le costume de Kitri que j'avais dû porter pendant un de mes examen pendant le chorégraphie imposée, et l'enfile au mannequin. Il a maintenant une belle allure de danseuse, et je souris, heureuse. Je sors un album où il y a toutes les photos qu'avait prise Miss Daisy. Je me vois en train de m'étirer avant un examen, en train de danser devant les jurés, en train d'enfiler mes pointes, en train de m'exercer à un mouvement où je bloquais, ou encore en train de sourire de toutes mes dents dans le vestiaire. Je me vois aussi lorsque j'étais petite, à environ dix ans, en train d'essayer d'imiter les pas que Miss Daisy me montrait. Je sors quelques photos, et les accrochant au murs avec du scotch coloré. Je regarde ensuite ma chambre avec du recul et souris avec nostalgie. Ma chambre, mon entre, mon jardin secret, me ressemble enfin. Je sais que mes parents vont péter un câble en voyant ça. Enfin, encore faut-il qu'ils viennent jusqu'ici. Mais au moins maintenant je me sens bien chez moi. Enfin. Il était temps.

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Mer 28 Fév - 17:01
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Je regarde mon armoire en soupirant. C'est une de mes premières sorties entre amies. Enfin, j'espère que Tracy est mon amie maintenant. J'ai des tonnes de vêtements, toutes achetées par ma mère. Je n'ai encore jamais portés la moitié. Je jette un coup d'œil à ma montre. Il faut que je me dépêche un peu si je veux être à l'heure. Je descends les escaliers et appelle ma mère.
- Qu'est-ce qu'il y a ma chérie ? me répond-t-elle en sortant du bureau avec un grand sourire.
- T'as pas des conseils pour m'habiller, s'il te plaît ? Je ne sais pas quoi me mettre.
- Ha, la jeunesse ! Elle trouve toujours qu'elle n'a jamais rien assez ! J'étais comme ça moi aussi. Je le suis toujours d'ailleurs !
Elle éclate de rire et j'esquisse un sourire crispé. Non, ce n'est pas que je n'en ai pas assez. J'en ai juste trop. Mais je sais que ma mère adore quand je lui demande ce genre de truc, alors je ne dis rien. Une fois sur le pas de ma porte, elle se fige.
- Mais... Qu'est-ce que c'est que ça ? balbutie-t-elle.
Je me mords les lèvres. J'avais oublié que j'avais redécoré ma chambre et que ma mère ne l'avait pas encore vu.
- Ben, heu... c'est ma chambre... tentai-je maladroitement d'expliquer.
- Et pourquoi est-ce qu'elle est pleine de machins débiles tout rose ?!
Je ferme les yeux une secondes, tentant de réprimer ma colère.
- C'est pas des machins débiles ! C'est une décoration de danse, voilà tout ! Oui, je fais encore de la danse classique, au cas où tu aurais oublié.
Elle me fixe un moment, avant de déclarer :
- Il n'est pas question que j'entre là-dedans.
Elle tourne les talons et me laisse plantée là, seule, à me demander pourquoi mes parents expriment tant de rejet quant à la danse.  Je prends des vêtements au hasard, les enfile et sors de la maison, mon moral plombé.
***
- Saluuuut ! s'écria Tracy en me faisant la bise.
Je la salue à mon tour et esquisse un sourire. Je ne sais pas trop comment me comporter en présence d'une personne de mon âge et je suis plutôt mal à l'aise.
- Ça va mieux depuis la dernière fois ? me demande-t-elle avec un sourire chaleureux.
- Bah.. pas trop, non.
- Zut... Tu m'en parler tu sais... Mais ne te sens pas obligée non plus. Fais-le quand tu le sens.
Elle replace une de ses nombreuses mèches rousses derrière son oreille. Ses tâches de rousseurs lui donnent un air très mignon.
- Viens, on va se promener et papoter de tout et de rien !
Nous marchons le long des remparts en regardant le ciel blanc, les mains dans les poches.
- On se connaît pas beaucoup, mais je crois que je t'aime bien, déclare-t-elle en souriant de toutes ses dents.
- Moi aussi je t'apprécie beaucoup.
- Donc, apprenons à mieux nous connaître ! Alors moi c'est Tracy, j'ai 14 ans, j'ai commencé la danse classique quand j'avais 5 ans, je n'aime pas l'anglais et j'adore le chocolat. À toi !
- Hé ben, heu... Je m'appelle Taïana, j'ai 14 ans, j'ai commencé la danse classique à 4 ans environ, je n'aime pas les maths et j'aime... la danse.
- Tu veux faire quoi plus tard ?
- Danseuse, répondis-je sans aucune hésitation.
- Ah oui ?
- Pas toi ?
- Non.. enfin je en sais pas vraiment. J'ai le temps avant de décider réellement. Pourquoi ça t'étonne ?
- Je n'arrive vraiment pas à me mettre à la place des gens qui font de la danse mais qui ne veulent pas en faire leur vie... Je trouve ça bizarre, ça me dépasse.
- Et pourtant la plupart des filles de notre âge qui font de la danse ne deviendront jamais danseuse. C'est réputé pour être un rêve de petite fille...
- Je trouve ça débile, protestai-je.
- Hé, calme-toi, je ne te contredit pas, j'énumère des faits, voilà tout. En tout cas je t'admire.
- Ils disent tous que c'est extrêmement compliqué, danseuse classique, que je serais brisée de l'intérieur et que je deviendrais dépressive. Mais je veux le voir pour le croire. Je suis solide, moi, tout ce que je veux c'est danser ma vie. Je en comprends pas pourquoi ça dérange la plupart des gens.
- La plupart des gens comme tu dit n'ont pas l'occasion merveilleuse de vivre de leur passion.
- Comment un danseur peut-il vivre de sa passion ? Vivre de sa passion, c'est être heureux. Mais un danseur n'est pas réputé pour être heureux. J'ai du mal à comprendre les préjugés.
- T'inquiètes, moi non plus.
Nous marchons encore un peu sans rien dire. Mais ce silence n'est pas gênant. Il est agréable.
- Viens, on va boire quelque chose ! s'exclame-t-elle soudainement en me prenant par la main.
Je la suis, amusée. Peu de temps après, nous sirotons un verre de sirop dans un petit bar accueillant.
- Dis... Je peux te poser une question ? me demande-elle, tout à coup beaucoup moins enthousiaste.
- Oui, vas-y je t'écoute.
- Tu me diras comment ça se passe dans un cours normal chez Miss Daisy ? commence-t-elle en tripotant sa paille. Parce qu'en fait, je crois que je vais bientôt changer d'école de danse...
- Ah bon ? Mais pourquoi ? Madame Sally ne te convient pas ? m'étonnai-je.
- Ben... C'est que j'ai l'impression qu'elle en a beaucoup après moi.
- Tous les profs de danse sont comme ça, tu sais.
- Oui, mais elle, elle a de bonnes raisons de s'acharner sur moi. Elle a eu des problèmes avec ma mère.... Et je ne prends plus plaisir à danser avec elle. J'ai besoin de changement, pour rallumer la flamme en quelque sorte.
- Ah d'accord. Je crois que je comprends. Et tu aimerai voir chez Miss Daisy ?
- Oui, mais juste pour voir comment c'est. Tu vois, juste un cours pour commencer et voir un petit peu comment ça marche là-bas sans pour autant arrêter chez Madame Sally. Comme ça, si je n'aime pas Miss Daisy, je pourrai rester chez Madame Sally. Tu suis ?
- Oui, oui. Mais d'abord, il faut que je me fasse une petite idée des cours en classe. Après, je pourrais sûrement te donner mon avis.
- Ton premier cours en classe, c'est demain ?
- Oui...
- Tu stresses ? me demande-t-elle, surprise.
- Ben... Un peu.
- Non mais j'y crois pas ! Tu restes de marbre lors d'un examen et lorsqu'il faut juste faire un cours, tu as le trac ?! C'est la meilleure !
- Mais je ne suis pas du tout sociable, et...
- Taïana, on est bien en train de parler, là ?
- Ben... oui.
- Alors t'es sociable ! En plus c'est toi qui m'avait abordé la première !
- Mouais...
- Allez, ça va bien se passer. Bois ton verre, je vais payer l'addiction.
J'aspire dans ma paille non sans l'avoir remercié. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'à l'examen j'avais déjà parlé avec une fille de l'école de Miss Daisy qui sera sûrement dans ma classe demain... Et on ne peut pas dire que je lui ai vraiment bien parlé à celle-là. Çà promet pour demain...
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Mer 28 Fév - 17:03
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Juste après les cours, je file chez moi. Je fais mon chignon le plus vite possible, prends mon sac de danse et attrape une madeleine dans la cuisine en passant, avant de ressortir aussi vite que je suis entrée. Je mange en marchant dans la rue, observant les voitures qui passent sur la route près de moi. Je ne prends pas le bus. Pas aujourd'hui. Je préfère marcher pour éviter de penser au cours de danse. Et en même temps, ça m'échauffe les jambes.
Une fois arrivée, je pousse la porte blanche en retenant ma respiration. Je longe le couloir menant aux vestiaires. Mes pas résonnent. J'entre dans les vestiaires. Il y a déjà trois filles installées. Elles se tournent vers moi lorsque je referme la porte, mais je fais comme si elles n'étaient pas là. Je pose mon sac dans un coin reculé et retire mon manteau et mes chaussures. Je sens le poids de leur regard intrigué sur moi. J'avale ma salive et commence à m'habiller. Lorsque j'ai mis mon justaucorps gris, une des filles vient vers nous.
- Salut. T'es nouvelle ?
Je lève la tête. Elle porte un justaucorps noir avec de la dentelle sur les épaules.
- Non, répondis-je simplement.
- Ah bon ? Alors tu viens du cours inférieur.
- Non plus.
J'enfile des guêtres et un cache-cœur noirs.
- Mais d'où tu viens, alors ?
- De cette école.
Elle fronce ses sourcils bruns avant d'abandonner et de retourner avec ses amies.
- Alors ? demande l'une d'elles.
- Sûrement encore une débutante amatrice. Elle verra bien à quoi ressemble réellement la danse classique pendant le cours.
Je me pince les lèvres pour ne pas sortir une réplique blessante. Ça ne commence pas si bien que ça. Je vérifie l'heure. Encore une demie-heure avant le début du cours. Deux filles entrent en riant dans le vestiaire. Elle se taisent en m'apercevant  et s'installent près des autres filles en leur parlant à voix basse. Pas besoin d'être devin pour savoir qu'elles parlent de moi. Je n'ose pas m'échauffer, de peur de paraître bête. Je voudrais étirer mes muscles pour me préparer au cours, mais leur regards jetés à la dérobé me paralysent. Je reste donc assise sur le banc, soit à regarder le sol, soit à fixer le mur. Plus l'heure passe, plus les danseuses arrivent. Elles sont toutes dans le même coin de la pièce, me laissant écartée des autres. Je reconnais parmi elles celle avec qui j'avais parlé lors de l'examen. Elle me fixe un moment avant de se détourner. Je les regarde toutes. Elles sont une douzaine à présent. Elle ne parlent plus vraiment de moi. Leur sujet de conversation passe de leur prof de physique-chimie au nouveau MacDo du coin, avant de dériver sur leurs chaussons de danse. Je les envie pour au moins une chose. Elles ont l'air d'être une famille, personne n'est à l'écart et elles sont heureuse de se voir. Je ne pense pas avoir cette chance un jour. Je suis beaucoup trop réservée pour m'intégrer dans ce genre de groupe.
- C'est l'heure les filles, annonce soudain une des filles.
Je vérifie ses dires en jetant un coup d'œil à l'horloge. Effectivement elle dit vrai. Je suis les danseuses jusqu'au studio, en faisant attention à laisser quelques mètres entre nous. Lorsque j'entre à l'intérieur, la luminosité me semble différente. Ou bien ce n'est que mon imagination. Miss Daisy m'aperçoit et me sourit de toutes ses dents, l'air de dire "tu as pris la bonne décision". Toutes les élèves se trouvent une place à la barre. D'habitude, je l'ai pour moi toute seule. Voir d'autres élèves prendre ma place habituelle me donne l'impression qu'on m'a volé quelque chose. Je me mets derrière, en bout de barre. Je pose ma bouteille d'eau au sol et commence discrètement à étirer mes muscles. Je sens les regards des élèves. Lorsque l'une se détourne, une autre me regarde, comme si je pouvais sortir quelque chose d'extraordinaire d'un moment à l'autre. Miss Daisy frappe des mains.
- Bonjour les filles, j'espère que vous allez bien. Mettez-vous face à la barre, on va commencer par un petit exercice de préparation. Fondu, dégagé dans toutes les positions, avec un demi-plié la tête rentrée à la fin, puis on fait la même chose à gauche puis en-dedans.
Sa manière de commencer assez académique me brusque un peu. C'est beaucoup plus chaleureux lorsque je suis seule avec elle. Elle actionne la musique. Les notes de piano entraînantes habituelles me rassurent un peu. Je fais de mon mieux pour échauffer mes orteils gelés et mes jambes engourdies. Une fois l'exercice fini, nous en refaisons un autre de préparation avant de passer aux pliés. Les pliés, l'exercice le plus important du cours. Il englobe touts les membres. Les jambes, les pieds, le buste, la tête, les épaules, les bras... Je sais que si je ne me donne pas à fond dans celui-là, tout le reste du cours sera difficile pour moi. À la fin de l'exercice, je me sens épuisée, mais je sais que je vais vite récupérer et que je ne le regretterais pas. La barre passe vite, sans que je ne m'en rende compte. J'oublie presque les autres filles. Évidemment, ça me fait bizarre de savoir que Miss Daisy regarde et corrige aussi les autres, il va falloir que je m'y habitue. Lorsqu'elle ouvre la bouche, je suis habituée à ce qu'elle me parle à moi, alors qu'en fait elle s'adresse à la fille d'à côté. Presque trois quarts d'heure après, nous passons au milieu. C'est la partie la plus compliquée du cours. Nous avons enfin le corps échauffée, et il faut le mettre à profit en dansant sans la barre, en trouvant son propre équilibre. Je me place sur la deuxième ligne, évitant de me faire remarquer. Pendant un instant, je croise le regard de Miss Daisy. Elle me sourit avant d'expliquer l'exercice.
- C'est un adage, alors tout doit être lié, compris ? Allez, on y va.
La musique commence. Développé devant, tendu. Développé derrière, tendu. Grand développé côté, tombé, pas de basque.
- Plus haut ta jambe, Camille, corrige la prof en passant à côté de nous. L'en-dehors, Marine ! C'est bien Taïana.
À l'entente de mon prénom je frémis. Je vois certains regards se tourner vers moi. Je fais comme si de rien n'était. L'exercice se termine. Dès que nous pouvons relâcher la position, je me voute et croise les bras, mal à l'aise. Nous faisons encore quelques exercices au milieu avant de passer en diagonale. Cette fois, aucune chance de passer inaperçue. Toutes les élèves pourront m'observer à leur guise quand je passerai. Je me place en dernière.  Les deux premières passent. C'est une diagonale plutôt classique. Sissonne arabesque, assemblé battu, contre-temps, préparation, tombé, pas-de-bourré, glissade, grand jeté, passé, piqué arabesque, chassé, jeté entrelacé, passé, pas-de-bourré et pas de chat. Les danseuses passent deux par deux. Comme nous sommes en nombre impair, je passerai seule dernière. J'en profite pour les regarder. Elles connaissent déjà le pas par cœur, mais certaines ne sont pas très précises. Elles ne sautent pas assez haut et n'écartent pas assez leurs jambes. Je me rends alors compte que les deux élèves devant moi ont bientôt finies leurs diagonales. Je me place en précipitation, le cœur battant. Elles ont toutes finies de passer et tous leurs regards sont rivés sur moi. Je pars en musique. J'atteins le grand écart dès le premier saut. Mais lorsque je passe au piqué arabesque, je sens comme une petite douleur dans mon tendu et faillis tomber. Je me reprends tant bien que mal et continue jusqu'à la fin. La musique recommence et les élèves continuent à gauche. Je fais quelques mouvements avec ma jambes droite. Bon, rien de grave, c'est déjà ça. Sûrement dû au stress, j'ai dû mal placer ma jambe. J'effectue ensuite la même diagonale à gauche, cette fois sans aucune faute, mais toujours seule. Nous faisons ensuite une autre diagonale avec des pirouettes fouettées. Je réussis à en enchaîner plusieurs, je suis fière de moi. Les autres danseuses en ont pris plein la vue.
Le cours se termine plus vite que je ne le pensais. Nous dansons la révérence. Ça me fait toujours un peu bizarre d'avoir des personnes autour de moi qui font la même chose, mais je sais que je vais m'habituer. Nous applaudissons Miss Daisy. Lorsque je suis seule, mes applaudissements ne valent rien. Là, j'ai l'impression d'être à la fin d'un spectacle. Miss Daisy nous salue et retire le CD du lecteur. Je récupère mon cache-cœur, mes guêtres et ma bouteille d'eau avant d'aller lui parler.
- Ah, Taïana, s'enthousiasme-t-elle en me voyant. Je suis contente que tu aies pris cette décision. Alors, comment tu as trouvé le cours ?
- Ben.. C'était différent.
- Tu vas t'y faire, ne t'inquiète pas. Tu as bien dansé aujourd'hui, je te félicite. Mais fais attention à ton arabesque, s'il te plaît. Le prochain cours est mercredi.
- Il n'y en a pas le mardi ? m'attristai-je.
- À moins que tu ne veuilles danser avec les choupinettes de 4 ans, non. Mais ça ne t'empêche pas de t'entraîner chez toi. Je compte sur toi sur ce point-là d'ailleurs. Allez, vas te rhabiller.
Je lui souris une dernière fois et sors du studio. J'entre dans le vestiaire. Les discussions sont animées, mais dès qu'elles se rendent compte de ma présence, elles parlent à voix basse. Ça commence à me gonfler. J'enfile mon tee-shirt et mon pantalon par-dessus ma tunique, puis mets mes chaussures.
- T'es la fille de l'examen, m'interpelle une voix.
Je finis mon lacet et relève la tête. C'est celle que j'avais justement vu là-bas qui me parle.
- Oui, pourquoi ? répondis-je sèchement, n'ayant pas très envie de faire la causette.
-D'où tu viens ?
- D'ici, soupirai-je.
- Mais on t'as jamais vu avant. Tu peux pas débarquer de nul part comme ça dans notre cours sans nous expliquer un minimum qu'est-ce que tu fais là.
- Et pourquoi pas ?
Je finis mon deuxième lacet et me lève.
- Ça ne te regarde pas de toute façon, finis-je en prenant mon sac avant de sortir.
Dehors, il fait déjà nuit. Le sol est trempé ; il a plut pendant le cours. Mon sac sur l'épaule, je marche dans la rue, les mains dans les poches. Tôt ou tard, tout le monde saura que j'ai pris des cours particuliers avec Miss Daisy. Pourquoi est-ce que je tiens tant à le cacher ? Peut-être me rejetteront-elles encore plus... N'importe qui peut s'améliorer dès lors qu'il prend des cours particuliers, j'ai donc été favorisée par rapport aux autres.
J'arrive enfin chez moi.
J'enlève mes chaussures et ma veste avant de poser mon sac de danse dans ma chambre.
- Taïana ! m'interpelle mon père.
- Heu... oui ? fis-je en sortant la tête de ma chambre.
- C'est à cette heure-ci que tu rentres ? Il fait déjà nuit !
- Oui, je sais. Mais j'étais à mon cours de danse, déclarai-je simplement.
Il fronce les sourcils et tourne les talons sans rien dire. Maman a dû lui dire pour la nouvelle décoration de ma chambre. Tant pis. Je m'occuperai de ça plus tard.

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Mer 28 Fév - 17:04
Voilà j'ai finis d'embêter le monde Laughing

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Mar 6 Mar - 11:03
Maïwenn !!!!!!!!! J'avais pas lu la fin mais elle est génialeeeeeeeeeeeeeeeee !!!!!!!

Ca va sinon toi ?
phénix
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Mer 7 Mar - 16:24
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
Maïwenn !!!!!!!!! J'avais pas lu la fin mais elle est génialeeeeeeeeeeeeeeeee !!!!!!!

Ca va sinon toi ?
Coucou ! Smile  Merci beaucoup ♥️
Oui ça va et toi ? ♥️

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Mer 7 Mar - 17:41
Revoilà la fiction trop géniale que j'aime trop **
cœur blanc
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Localisation : Paumée quelque part
Dim 18 Mar - 13:13
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
Revoilà la fiction trop géniale que j'aime trop **
Merciiii

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